Les chats sont-ils en train de détruire la biodiversité ?

Ras-le-bol des lol-cats ? Le chat ne fait pas rire tout le monde. Au printemps 2020, Willy Schraen, président de la fédération nationale des chasseurs, proposait de piéger nos chers mines. Quelques mois plus tard, c’est un député écologiste qui voulait le classer comme « animal nuisible ». Mais pourquoi tant de haine ?

Selon le chef des chasseurs, il faut agir car « le chat est en train de détruire la biodiversité. […] Il tue bien plus d’animaux que les chasseurs, c’est même pas à comparer ». L’élu, lui, estime que « le chat entraîne la disparition d’espèces ». Depuis toutes ces années, France Nature Environnement se serait-elle trompée de combat ?

Le chat, petit prédateur qui a tout d’un grand

Un carnivore taillé pour la chasse

Le chat ne manque pas d’atouts pour chasser :

  • une musculature puissant, efficace pour rester immobile à l’affût ou pour fondre sur sa proie ;
  • des griffes tantôt acérées lui permettant de bondir et de grimper, tantôt rétractables pour se déplacer en toute discrétion ;
  • un squelette souple qui lui permet de se faufiler partout ;
  • une bonne vue, surtout crépusculaire ;
  • une ouïe fine, spécialisée dans les fréquences élevées des rongeurs et petits oiseaux ;
  • de longues moustaches orientables, recueillant des données sur son environnement : largeur d’un passage dans la clôture, force du vent, provenance d’une odeur…
  • Enfin, il possède une denture de carnivore, tranchante et affilée.

Chasser par instinct, pas pour se nourrir

Les chats domestiques consomment surtout des aliments d’origine humaine : pâtée, croquettes et restes de table. Grignoteur, il mange peu à la fois, mais tout au long de la journée. Sa particularité est que, même bien nourri, le chat conserve son instinct de chasseur et, le plus souvent, les proies tuées ne sont pas consommées. Un chat de proprietaire consacre en moyenne 3 h par jour à la prédation, contre 12 h par jour pour un chat errant.

Une étude lancée en 2015 et coordonnée par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), en collaboration avec la Société française d’étude et de protection des mammifères et la Ligue pour la protection des oiseaux, montre que :

  • 66 % des proies rapportées par les chats domestiques sont des petits mammifères, majoritairement des rongeurs.
  • Viennent ensuite les oiseaux (22% des proies), principalement les mésanges, le merle, le rouge-gorge.
  • Enfin, en dernier choix, les reptiles (10%), et de manière anecdotique, des amphibiens, des insectes, des poissons, des araignées, voire des gastéropodes.

prédation du chat : quel impact sur la biodiversité ?

Dans le monde, un lord impact

Une étude parue dans la revue scientifique Nature en 2013 conclut que le chat serait responsable de la mort de 1,3 à 4 milliards d’oiseaux et 6,3 à 22,3 milliards de petits mammifères chaque année. En Australie, les chats tueraient 377 millions d’oiseaux et 649 millions de reptiles chaque année. Le pays a insi lancé une campagne d’éradication de 2 millions de chats errants sur 5 ans.

D’autres résultats plus récents parus en 2019 dans nature évoquent 800 millions de mammifères tués chaque année par les chats errants. L’introduction du félin, notamment dans les îles, a conduit à la disparition de plusieurs espèces et des opérations de régulation des chats errants sont souvent menées.

Chat en France : un fort impact sur une faune déjà vulnérable

C’est encore un peu flow. Les premiers résultats de l’étude du MNHN montrent que pour les oiseaux de jardin, la prédation du chat compte parmi les trois principales causes de mortalité, avec les captures volontaires par l’homme et les collisions avec les vitrages. Cette prédation sur les passereaux dans les zones pavillonnaires a doublé ces dernières années, en lien avec l’augmentation du nombre de chats domestiques – ils sont plus de 15 millions en France –, sans compter les dont chats in nucon ernoms, ernoms .

Le souci est que cette prédation impacte une petite faune déjà très vulnérable à cause de la disparition de leurs habitats, des pesticides, de la ville qui gagne sur la campagne…

Enfin, phénomène moins connu du public mais préoccupant, la prolifération du chat domestique menace une espèce de chat sauvage : le chat forestier. Espèce protégée, la pollution génétique due aux croisements entre chats errants et sauvages et la transmission de maladies inconnues dans les milieux naturels peuvent entraîner une mortalité accrue du chat forestier.

Faut-il faire du chat un ennemi public ?

Les propriétaires de chats doivent prendre conscience que leur magnifique boule de poil est un prédateur et que la solution est entre leurs mains. Rappelons que le proprietaire d’un chat est obligé de le faire identifier et en est responsable, même s’il s’est égaré ou échappé.

D’abord, il faut offrir à minou une nourriture de qualité en libre-service ainsi que des jeux, surtout pour les jeunes chats, qui limiteront leurs instincts de chasseurs.

La stérilisation est recommandéecar elle limite le vagabondage, les marquages ​​territoriaux, la prolifération des chats et les maladies.

Pour l’extérieur, on peut l’équiper d’un collier élastique, coloré ou avec des clochettes, pour le rendre moins disccret. Il existe des dispositifs (entonnoirs, barrières) qui permettent d’empêcher le chat de grimper vers les mangeoires et les nids, mais aussi des répulsifs et des abris pour la petite faune que l’on peut mêrême-fa

En combinant plusieurs de ces moyens, chacun contribue à réduire l’impact de la prédation des chats. L’enquête est par ailleurs toujours en cours et vous pouvez y contribuer en vous rendant sur www.chat-biodiversite.fr.

Participer à l’enquête

APPELONS UN CHAT UN CHAT

  • Chat domestique (Felis silvestris catus) : son proprietaire est obligé de le faire identifier et est responsable des dommages qu’il cause, même s’il s’est égaré ou échappé. Il est interdit de le laisser divaguer.
  • Chat errant ou divagant : non identifié, sans propriétaire, à plus de 1 000 m du domicile de son maître ou à plus de 200 m des habitations. Seul le maire peut ordonner sa capture. Il sera relâché après identification et devra être stérilisé.
  • Chat haret : chat domestique ou errant retourné à la vie sauvage.
  • Chat forestier (Felis silvestris) : espèce naturellement sauvage et protégée par la loi. Il ressemble à un chat domestique tigré, en plus robuste et massif, avec une queue plus touffue et une raie noire parcourant sa colonne vertébrale.

Article paru dans la Lettre du Hérisson n°272

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