Le “Marché du film”, le côté business du Festival de Cannes

Dans les catacombes du Palais des festivals se déroule le “Marché du film”, le plus important lieu de networking des professionnels du 7ᵉ art.

Derrière les paillettes, la montée des marches, et le tapis rouge, le Festival de Cannes, c’est aussi un immense “Marché du film“, là où se montent et se vendent les longs métraages. Rendez-vous de networking incontournable pour les professionnels du 7 art, l’événement devrait rassembler plus de 12,000 personnes issues de plus de 120 pays. Quelque 4.000 films y seront présentés – de simples projets à des produits finis – et une centaine de conférences seront organisées.

Concentré dans les entrails du Palais des festivals, l’événement se déroulera aussi de manière plus informelle dans des appartements, des lobbies d’hôtels ou sur des yachts à l’abri des regards indiscrets. C’est que, au Marché du film, il est beaucoup question de gros sous. D’après ses organisateurs, l’événement est le premier au monde en termes de volumes d’affaires. On évoque le chiffre de plus d’un milliard d’euros.

The place to be



“Le Marché du film, c’est un endroit incontournable, en quelques jours vous pouvez rencontrer tous ceux qui comptent dans le secteur.”

Noël Magis

director de screen.brussels

“Le Marché du film, c’est un endroit incontournable, en quelques jours vous pouvez rencontrer tous ceux qui comptent dans le secteur“, résume Noël Magis, director de screen.brusselsfonds d’investissement bruxellois dans l’audiovisuel dont quatre films figurent en sélection.

Une présence au Marché du film est en effet essentielle pour les différentes étapes du développement d’un film. Ainsi, le producteur belge Jean-Yves Robin, patron de Frakas, coproducteur de “Titane”, la dernière Palme d’or, viendra à la fois montrer deux films qu’il a coproduits et chercher des partenaires pour tenter de monter les sept projets qu’il a dans ses cartons. “Il est aussi probable que des producteurs étrangers nous contactent pour nous associer à leur projet”, ajoute-t-il.

L’événement permet en effet d’un côté de présenter des films aux vendeurs internationaux (intermédiaires chargés de vendre les films – qu’ils soient sélectionnés ou non au festival – sur différents territoires auprès de distributeurs locaux), aux chaînes de télévision, aux plateforms vidéo, etc. Évidemment, être en sélection est un atoutindian Hervé Le Phuez, director de Wallonie Bruxelles Images, l’agence de promotion de l’audiovisuel belge francophone; cela dit, des réalisateurs renommés comme les Dardenne n’ont pas besoin de cela: leurs films sont déjà largement prévendus avant le début du festival.”

100

sociétés belges

Une centaine de sociétés et d’organismes publics belges seront présents au Marché du film de Cannes.

“Une présence au palmarès va quant à elle permettre de débloquer des ventes qui n’étaient pas conclues”, ajoute Hervé Le Phuez. À ce moment-là, le Marché du film est clôturé. “Effectivement, mais il ya les buzz dans les couloirs du Marché, certains films étant pressentis pour recevoir des prix.”

Développement de projets

De l’autre côté, le Marché du film est un passage presque obligé pour développer un projet de film, parfois sur base d’un simple synopsis, c’est-à-dire trouver du financement auprès d’autres producteurs, d’investisseurs privés, de banques, d’organismes publics, de fonds régionaux ou de mécanismes le fiscédaux comme impôt en France ou le tax shelter en Belgique. “Les trois quarts des films que nous avons financés sont passés par Cannes ou Berlin” relève Noël Magis, qui profitera aussi de sa présence à Cannes pour vendre l’image de Bruxelles comme lieu de tournage.



“Le Marché du film permettra de savoir où en est l’industrie du cinéma.”

Hervé Le Phuez,

Directeur de Wallonie Bruxelles Images

Auréolée d’une riche sélection, la délégation belge sera présente en masse avec une centaine de sociétés et organismes (producteurs, fonds d’investissements régionaux, leveurs de fonds tax shelter, prestataires de services, etc.). Côté pouvoirs publics, les communautés (Centre du Cinéma, Vlaams Audiovisueel Fonds), les régions (les fonds d’investissement Wallimage, screen.brussels et Screen Flanders) et le fédéral (Cellule tax shelter) feront pour la première fois stand commun. “C’est beaucoup plus intéressant de fédérer les énergies et de travailler ensemble, sans compter les économies générées”, relève Hervé Le Phuez.

Un bon indication

Premier Marché du film post pandémie (il avait été annulé en 2020 et avait connu une faible fréquentation en juillet 2021) l’événement sera considéré comme un bon indicationur de l’état de santé du cinéma: “Après une période très dure qui a vu le prix d’achat des films tumber à 30% de la normale, ce Marché du film va donner le ton des prochains moisestime Jean-Yves Roubin (Frakas). “Cela reste très compliqué de vendre des films, renchérit Hervé Le Phuez; il ya un embouteillage de longs métrags qui ne sont pas sortis à cause de la pandémie et le retour des spectateurs en salles est lent. Les distributeurs n’ont plus de place dans leur catalog pour les films d’art et d’essai. Ils misent sur des films plus mainstream et grand public pour réattirer les spectateurs en salles. À cet égard, ce Marché du film permettra de savoir où en est l’industrie du cinéma.

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